L'anniversaire en chambre d'isolement
Chaque année, à la même date, je me souviens de ce moment partagé en chambre d’isolement avec un patient, et le Big Mac que je lui avais offert pour son anniversaire.
On en était à plusieurs semaines d’isolement et il en restait tout autant.
Le patient ne pouvait clairement pas sortir, étant très facilement violent.
Mais il ne pouvait pas non plus rester seul dans sa chambre de 9 mètres carrés.
Le jour de son anniversaire – aujourd’hui –, j’ai simplement demandé ce qu’on pouvait faire pour rendre cette épreuve moins difficile.
Il m’a demandé un McDonald’s.
J’ai fait l’aller-retour et on a partagé une bouffe dégueulasse.
J’ai appris quelques jours plus tard que ça n’était pas dans le règlement – nous n’avons pas le droit de ramener de nourriture chaude venant de l’extérieur ou je ne sais quoi.
Je m’en foutais à l’époque, et je m’en fous encore aujourd’hui.
Le patient me reparle encore de ce moment ; et quand on a une décision difficile sur le plan pharmaco, il y fait systématiquement référence.
Suite à ça, il a bien voulu prendre la clozapine.
Je pense que ce qui l’a le plus touché, c’est la discussion que nous avons eue ensemble ensuite.
C’était également mon anniversaire, une date qui, pour moi non plus, n’est pas particulièrement heureuse.
Il a, quelques mois plus tard, retrouvé un travail – alors que le secteur lui avait dit qu’il ne pourrait plus jamais travailler.
Il a trouvé un travail au McDonald’s du coin. Il a maintenant 2 enfants, sa vie est comblée.
Je pense qu’il y a là une leçon pour tous :
On a tendance à surévaluer l’efficacité de nos interventions, mais je me souviendrai toujours de ce McDonald’s comme quelque chose de salvateur.
Il n’a évidemment pas tout fait, et le travail de l’équipe en amont est indispensable, au moins autant – si ce n’est plus.
On ne peut faire de la pharmaco ou de la thérapie que quand les patients nous font confiance. C’est notre cœur de métier.
Et il y a plusieurs façons d’obtenir la confiance des patients, mais se contenter de prescrire des traitements ou de faire des séances d’exposition n’en fait pas partie.
Il faut parfois se salir un peu les mains.

Rigolo … mois j’ai fais une demande de « permission accompagnée par un IDE » pour une personne en sdre en iso pour aussi aller manger un mc do … et ça a marché !
Pourquoi iso alors qu’il peut aller au mcdo … cela est une prise en charge extrêmement compliquée… c’était la mon coup de poker ( et celui de l’équipe)
Le mc do à inclure dans la meta analyse des thérapies efficaces dans la schizophrenie …😉
Le lien est thérapeutique, la thérapie ne peut se réduire à des techniques qu'on appliquerait (même si, bien sûr, le choix d'outils efficaces est très important).
Je regrette que les soignants ne soient pas ou peu formés à créer un cadre thérapeutique propice au changement.
Bon anniversaire 🎂