"J'ignorais que la bipolarité peut s'aggraver"
Nicolas Demorand
Nicolas Demorand est revenu sur les ondes, et on voit ce titre un peu partout dans les médias.
J’espère qu’il va bien, et je lui souhaite le meilleur. Pour ma part, l’écriture et la sortie d’un livre ont très clairement fait parti des épreuves difficile à négocier sur le plan thymique.
La bipolarité peut effectivement s’aggraver dans le temps, comme toute maladie mentale. C’est pour ça que les patients et leur entourage sont face à un choix difficile : le temps est parfois contre nous.
Il existe plusieurs façon d’aggraver la bipolarité. J’en ai parlé dans mon livre, dont je vous je donne deux extraits. Le premier concerne le sommeil :
Je ne peux que penser à Nicolas Demorand, célèbre présentateur de radio, qui a raconté son trouble bipolaire dans Intérieur Nuit1. Le livre a cartonné, mais la fin m’a laissé un arrière-goût de plomb. Après des années d’errance, il décrit une vie sans couleur, et se demande si tout ça en valait la peine. Le problème, c’est qu’au milieu du récit, on apprend qu’il se réveille à 3 h du matin pour préparer ses émissions. C’est l’équivalent d’avoir un cancer du poumon et de bosser dans une mine d’amiante. Peut-être que des horaires réguliers ne changeraient rien, et j’imagine qu’il n’a pas le choix. Mais c’est un élément crucial, qu’on ne peut pas ignorer2.
Les mots que j’ai choisis ne sont pas excessifs. Le manque de sommeil et des rythmes circadiens irréguliers ou en décalage avec ceux du patients sont neurotoxiques.
L’autre extrait s’attaque aux médicaments :
Chez les bipolaires, on évite autant que possible de prescrire des antidépresseurs nus. J’entends par là : sans régulateur d’humeur. Environ 20 % des patients bipolaires peuvent se contenter d’un antidépresseur en monothérapie. Autrement dit : une minorité3. Le risque ne se résume pas au virage maniaque, même si c’est ce dont on entend le plus parler. Un virage est en général évident, et dans ce contexte, on peut – le plus souvent – réagir vite. Le vrai danger, c’est l’aggravation progressive de la maladie : des épisodes de plus en plus sévères ou rapprochés, et une résistance au traitement. Certains patients évoluent vers des cycles rapides – plus de quatre épisodes par an – avec une dégradation franche du pronostic. C’est un glissement progressif et insidieux : on passe facilement à côté. Et l’ajout d’un régulateur de l’humeur ne garantit pas d’éviter cette trajectoire.
Des craintes similaires s’appliquent aux kétamines. Chez les patients bipolaires, leur utilisation sur le long terme est tout simplement expérimentale : il n’existe aucun essai randomisé. On ne sait pas si c’est efficace, ni quels dégâts ça peut faire4.
Je m’étonne toujours de voir la profession rechigner à la prescription de metformine ou de pramipexole d’un côté, alors que nous avons des études randomisées à foison, mais prescrire sans s’inquiéter du tercian ou de la kétamine/eskétamine sur le long terme, alors que nous n’avons aucune donnée.
Et sauf erreur de ma part, M. Demorand sortait de ses séances de kétamine parfois hypomaniaque, parfois dépressif, parfois mixte, parfois normal. Ce n’est jamais un bon signe.
J’espère qu’il lira mon livre. Je pense que ça lui servira.
En attendant, prenez soin de vous. On parle de maladies mortelles.
La vie de nous donne pas toujours de seconde chance.
Mon livre est disponible sur Amazon, la Fnac et en librairie. Les deux liens sont affiliés.
Il s’est présenté comme un « malade mental ». On lui a immédiatement reproché : la police des mots ne lâche rien. Quelles que soient ses raisons, je trouve délirant qu’on soit venu l’emmerder sur ça. Mais je ne veux pas d’histoires. Je me contenterai de dire que – sans traitement – je suis complètement cinglé.
Ça ne concerne pas que les bipolaires. Début 2026, un essai randomisé rapportait une survie médiane de 28 mois si la chimio était donnée avant 15 h, contre 17 mois après 15 h. C’est énorme, et ça demande réplication. Imaginez ce que ça pourrait donner avec des psychotropes. Les OMéDIT avaient peut-être raison pour le lithium.
Cette minorité complique les choses. Ça serait beaucoup plus simple si personne ne bénéficiait des antidépresseurs : il suffirait de ne pas en mettre.
Je parle bien de la maintenance. L’étude randomisée la plus longue de la kétamine a duré 2 semaines. Ces craintes valent aussi pour les plantes et compléments alimentaires. J’ai vu un patient (sans antécédents connus) faire un virage maniaque avec du millepertuis. Il est mort de suicide 2 semaines plus tard.


merci pour cette intervention. cet article m'a aussi interpelé. je partage votre avis sur le sortie du livre , sa communication et ses impacts émotionnels ++. et sur le rythme nuit/jour.
vos messages m'éclairent souvent .
J'ai presque terminé votre livre Docteur Sikorav ! Très intéressant !