La stabilité
Je vais être honnête: je suis dans un sale état.
Ca ne se voit pas forcément sur les vidéos. Les patients ne s’en rendent pas compte non plus; du moins pas tous - du moins je l’espère.
Je partagerai progressivement les détails de la commission, mais la situation est la suivante:
En l’état, mon combat est perdu.
La CPAM ne recule pas d’un pouce. Mon mode d’exercice est tout simplement incompatible avec leur vision de la “santé publique”. Non seulement ça, mais il est aussi probable que je me prenne un second contrôle, ce qui aura pour effet d’apporter la ruine sur ma famille.
Les papiers pour la Suisse sont envoyés. Dès que je suis accepté, je m’expatrie. Ma femme me rejoindra dans un second temps. Elle passera probablement en secteur 3 pour rester le plus loin possible de la CPAM. Le secteur 3 permet au patient de s’affranchir du conventionnement avec la sécu, les consultations ne sont pas remboursées du tout - le patient paye tout.
C’est un drame pour les patients, mais pour les médecins, ça permet d’éviter se faire harceler.
Ma seule issue est de médiatiser la situation plus qu’elle ne l’est déjà. Je vais donc petit à petit diminuer les consultations, et majorer mon temps de présence sur les réseaux. C’est merdique, mais je n’ai pas d’autre solution en tête. Je suis preneur de toutes les idées.
Hier, j’ai dû supporter, une fois de plus, d’être jugé par des gens non seulement incompétents, mais vicieux. Rien ne m’a été épargné. Je partagerai les moments fort de ce nouvel épisode d’humiliation au fur et à mesure. Il y a des nouveautés, et des plus classiques. Un des employés de la CPAM m’a par exemple sorti une fois de plus la comparaison entre la metformine et le médiator. 50 ans plus tard, il y en a qui n’ont toujours pas compris la différence.
Pour autant, ne pensez pas que je n’étais pas stressé. J’en tremble encore.
Aujourd’hui, je n’avais envie de rien. Je me suis gavé de paquets de gateaux toute la journée. Quand mon assistant me parlait, j’étais à la limite d’exploser, j’ai dû lui envoyer un message pour présenter mes excuses.
La nuit dernière, j’ai à peine dormi - et je vais majorer la quétiapine dans les prochains jours. Comme beaucoup de patients, l’insomnie est un luxe que je ne peux pas me permettre.
Petit à petit, cette situation a raison de moi. Je n’étais pas décompensé quand ils m’ont accusé de l’être. Mais je pense qu’il ont tout fait pour que je le sois.
Hier et aujourd’hui, j’ai eu quelques symptômes de la maladie. Je la reconnais quand elle arrive. Elle a été ma seule compagne pendant des années.
J’en aurai aussi demain. Pour autant, je sais que ça ne durera pas.
Pour certains patients, être stable, ça n’est pas ne plus avoir de symptômes. C’est savoir que ces symptômes ne sont maintenant plus que transitoires. J’en ai vu d’autres.
Quand des patients me demandent comment je fais pour tenir, je leur réponds toujours la même chose. J’ai traversé des dizaines de dépression. Il m’en faudra plus. Et si regarde derrière, tout n’est pas noir. J’ai énormément appris de ces derniers mois. J’ai pu effleurer la stigmatisation dont beaucoup de patients sont victimes. C’est une expérience dont je ressors grandi.
Une stigmatisation qui, je l’espère, pourra servir d’exemple.
Merci à tous ceux qui m’ont soutenu jusque là.

Mobilisation pour soutenir le Dr Sikorav
Chers tous,
Comme vous le savez, la situation du Dr Sikorav est critique. Il subit un harcèlement administratif qui menace à la fois son exercice professionnel et la continuité des soins pour ses patients. Nous pouvons agir collectivement pour lui apporter soutien et visibilité. Voici quatre actions concrètes que nous proposons :
1. Partager ses messages
Relayer ses publications sur les réseaux sociaux avec un mot de soutien.
L’objectif : amplifier sa voix et sensibiliser un large public.
2. Rédiger une lettre ouverte
Une courte lettre de soutien des patients et familles, à adresser aux médias et élus.
L’objectif : montrer qu’il y a une communauté derrière lui.
3. Lancer une pétition en ligne
Permettre aux patients et citoyens de signer et de se mobiliser collectivement.
L’objectif : créer un signal fort et quantifiable pour les médias et les autorités.
4. Contacter la presse locale
Envoyer un mail simple avec son message et notre soutien à des journaux locaux et régionaux.
L’objectif : obtenir un relais médiatique et sensibiliser l’opinion publique.
Bonjour Docteur,
Votre témoignage me touche profondément.
Aussi brillant que vous êtes, le système reste toujours plus puissant…
« Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. »
Prenez le temps de vous ressourcer, comme vous savez le faire, et de vous protéger.
Votre quête est sans doute ailleurs que dans l’épuisement à défier sans cesse les moulins de l’Assurance maladie.
Lutter contre les vents contraires des représentations sociales discriminantes, portées parfois par certains professionnels de santé qui perpétuent une logique de caste et considèrent les personnes concernées comme des intouchables, est une cause noble ! Mais, s’il vous plaît, ne portez pas seul le poids de cette responsabilité.
Votre engagement au service de la démocratie sanitaire est inspirant…
Peut-être devrions-nous réfléchir ensemble à une stratégie plus globale, qui vous exposerait moins directement sur le plan médiatique, tout en permettant de mettre en lumière et de dénoncer les postures discriminatoires de ceux qui, bien nés et bien placés, dénigrent les iconoclastes et leurs pratiques innovantes.
Je vous transmets toute ma force et mon admiration pour votre courage.
Prenez soin de vous, et que vos nuits soient douces.
Tristan Lagier
IPA PSM
Aidant familial
Professionnel atypique, souvent discriminé