Les études de la semaine
Et des précautions pour l'Ozempic
Vous connaissez le principe : je lis plusieurs dizaines de papiers chaque semaine, la plupart ne servent à rien, et je vous fais gagner un peu de temps avec ma sélection de la semaine.
Autant que possible, je ne vous présente que des études publiées dans des journaux sérieux. Ce n’est pas un gage de qualité, mais ça limite peut-être un peu la casse.
Ce post, comme tous les autres, n’est pas rédigé par une IA.
Nous avons une méta-analyse de plus sur les traitements efficaces pour la prise de poids dans la schizophrénie. Seules la metformine et le sémaglutide sortent du lot quand on regarde le nombre de patients qui perdent 5% ou plus de leur poids de base.
La question qui se pose maintenant n’est donc plus de savoir si ces molécules marchent, mais laquelle on doit utiliser en première intention.
Je pense que la metformine gagne toujours, car le sémaglutide comporte plusieurs risques que la metformine n’a pas :
Celui de neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (NOAI), qui entraîne une diminution de l’acuité visuelle irréversible. On dit que la neuropathie n’est pas artéritique par opposition à la maladie de Horton.
On parle de 1,41 pour 10 000 personnes-années traitées1. Ou encore d’un risque 2,81 fois supérieur - avec un taux de base très faible, donc. C’est donc rare, mais suffisamment grave pour que ça soit rajouté dans la notice en 2025.
Attention, c’est un risque à différencier de l’aggravation précoce causée par le sémaglutide chez des patients qui ont déjà une rétinopathie diabétique avant l’instauration du traitement.Le cancer de la thyroïde, avec un risque 1,5 à 2,27 fois supérieur à celui du placebo dans les études randomisées. Que le signal soit issu de données randomisées contre placebo permet de suspecter un rôle causal du sémaglutide, par opposition aux études non-randomisées qui montrent une diminution drastique du cancer – et bien trop rapide.
Une possible interaction entre le lithium et les GLP1 agonistes. Ici, la patiente est passée du sémaglutide au tirzépatide, et s’est retrouvée avec une lithémie toxique à 1,7 mEq/L et des symptômes neurologiques. Vous trouverez un autre cas similaire ici, et d’autres là. Ce ne sont que des cas isolés, mais la prudence est de mise.
Le risque de constipation : 24% des patients sont constipés avec 2,4 mg de sémaglutide, contre 11% sous placebo. Les patients sous psychotropes ayant déjà un risque considérable de constipation puis d’occlusion, il faut vraiment faire gaffe. Les études nous montrent que le risque ne diminue pas avec le temps.
Le risque de maladie biliaire ou vésiculaire est augmenté de 37% – ou de 27 événements pour 10 000 patients traités par an pour l’ensemble des agonistes du GLP1.
Je mentionne aussi, pour être complet, le nombre d’appels grandissant aux centres anti-poisons pour des erreurs de dose. En période canicule, c’est un risque supplémentaire à prendre en compte.
Attention, ça ne veut pas dire que le sémaglutide ne doit pas être utilisé. Il est souvent plus efficace que la metformine, mais aussi plus dangereux – donc je le mets en seconde intention. Je résumerai les risques de la metformine dans un prochain post, car j’en ai déjà parlé plusieurs fois.
Et n’oubliez pas : l’obésité est en moyenne bien plus dangereuse que le sémaglutide.
Des chercheurs viennent de publier un article sur la fluoxétine dans la dépression pédiatrique avant l’âge de 6 ans.
Le papier donne un peu le vertige. Pour commencer, les informations sur les patients sont assez succinctes. Je n’ai jamais vu une table 1 aussi pauvre :
On sait qu’on a des garçons et des filles âgés de 5 ans en moyenne. Super.
Quant à l’efficacité :
Les groupes sont différents d’un demi écart-type au début (0,49), mais passe encore. Par contre, le placebo diminue à peine – de 5,40 à 5,20 à 30 jours –, alors que le groupe sur fluoxétine passe de 4,90 à 3,60. C’est une différence “statistiquement significative” et qui se maintient à 60 jours de suivi. Pour ceux qui ne maîtrisent pas les statistiques, c’est l’interaction qui nous intéresse, en rouge dans le tableau. Je détaillerai le reste plus tard.
Vous allez me demander quelle échelle a été utilisée. Et vous avez raison. Chez des patients de 5 ans, la question se pose. C’est la preschool feelings checklist, traduite en persan pour l’occasion. Rien que le nom me dérange : on utilise une checklist d’émotions pour évaluer une dépression ? En regardant le critère d’évaluation principal enregistré avant l’étude, on voit qu’il est différent : les auteurs avaient prévu d’utiliser le The Revised Child Anxiety and Depression Scales–Parent Version (RCADS-P). Pourquoi avoir changé ? Probablement parce que le RCADS-P était négatif.
Les patients des deux groupes étant donc différents sur la gravité initiale, il y a des chances qu’ils diffèrent aussi sur d’autres paramètres. Autrement dit, la randomisation est douteuse jusqu’à preuve du contraire. Et quand on se rend compte de la quasi absence de réponse au placebo chez des enfants, alors qu’il est d’habitude encore plus efficace que chez l’adulte, il y a de quoi devenir carrément suspicieux.
Sur le plan de la tolérance, 2 enfants ont arrêté l’étude à cause d’une agitation dans le groupe fluoxétine – à cause d’une agitation. Ça fait 10% des 20 patients. Oui, le terme est vague. Non, je ne commencerai pas à prescrire de la fluoxétine à des gamins de 5 ans grâce à cette étude. Surtout quand les auteurs nous disent dans l’abstract que “aucun des patients n’a eu d’effet secondaire lié à la fluoxétine.”
None of the patients presented any fluoxetine-related side effect.
J’ai horreur qu’on me prenne pour plus idiot que je ne suis. Je détaillerai les erreurs statistiques plus tard, mais il n’y a rien qui va dans cet article.
Les risques neurodeveloppementaux chez les enfants issus de pères qui étaient sous acide valproïque lors de la conception n’ont pas été répliqués dans 3 études regroupées par cette méta-analyse.
Ça n’empêche pas l’agence européenne du médicament de maintenir l’alerte. C’est franchement emmerdant pour les patients, mais les autorités de santé sont souvent partisanes du zéro risque – et c’est normal, elles n’ont pas les patients en face d’elles.
Psilocybine dans l’anorexie mentale ? Les auteurs nous rapportent les résultats de cette étude, réalisé sans placebo et sans groupe contrôle. Sur les 2 échelles principales, c’était efficace.
J’ai regardé de mon côté l’effet sur le poids, qui n’a pas bougé d’un iota en 6 semaines, et qui n’a pas été évalué au-delà. Difficile de savoir pourquoi les chercheurs n’ont pas inclus cette donnée, qui paraît indispensable.
On sait donc grâce à cette étude que les patients sont plus motivées au changement, que le trouble est moins actif, mais il n’y a pas de changement sur le poids.
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