Les études de la semaine
2 août 2026
C’est mon moment du week-end préféré.
Vous êtes maintenant familiers avec le principe : je vous résume et vous propose les papiers qui méritent d’être lus – ou au moins connus, avec une image quand c’est possible. Je ne sélectionne que dans les journaux sérieux. Ça n’est pas un gage de qualité, mais ça limite la casse.
Attention, l'article est long. Assurez-vous de le lire dans l’application ou sur le site web, certaines boîtes mail vont le couper au milieu.
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Une recommandation d’experts se positionne pour l’aripiprazole en première intention dans la schizophrénie chez les femmes lors d’un premier épisode psychotique, mettant en avant la prise de poids moindre par rapport aux autres neuroleptiques – mais surtout, une diminution de la prolactine. La dose de départ conseillée est de 5 mg.
En alternative de seconde intention, chez les adultes : brexpiprazole, cariprazine, lurasidone, asénapine, et ziprasidone. C’est là que ça se complique : on n’a aucun de ces traitements – exception faite de la lurasidone, disponible en préparation magistrale après les efforts conjoints de votre serviteur et de la pharmacie Delpech.
En seconde intention chez les adolescents : brexpiprazole et lurasidone.
À éviter : antipsychotiques de première génération, olanzapine, quétiapine, rispéridone, palipéridone, et amisulpride.
Si vous remplacez “antipsychotiques de première génération” par Tercian, c’est pile poil ce qu’on donne aux patientes en France. Je vous laisse décider de la pertinence de ces recommandations pour la pratique, mais elles sont un bon rappel du caractère arriéré de la discipline dans le pays.
Attention : les différences se font sur la tolérance. Lors d’un premier épisode, les molécules sont globalement toutes aussi efficaces les unes que les autres – en dehors de l’aripiprazole, à mon avis, mais ce n’est pas celui des auteurs.
Est-ce qu’une peluche-robot peut améliorer l’efficacité d’un plan de crise chez des patients LGBTQ+ à risque de se faire du mal ?
Pas vraiment. Dans cette étude randomisée, les participants perdaient quelques points à droite à gauche dans les échelles – 2,60 points sur la PHQ-9 par exemple, mais il n’y avait pas d’effet sur les comportements ou les idées de se faire du mal.
Le critère principal est positif, mais vu la taille d’effet très faible et qu’on est sur une étude où l’aveugle était impossible, je considère que c’est un échec cuisant. La question d’une stigmatisation secondaire à cause de l’utilisation de la peluche n’est pas non plus abordée, mais c’est à mon avis un risque réel. Je rappelle que la population transgenre est 2,5 fois plus souvent victime de violences que la population cisgenre.
Ceux qui sont intéressés par une “target trial emulation”, l’inflammation et l’alimentation trouveront leur bonheur ici. Le problème est similaire à celui de l’étude de cohorte avec un “propensity score matching”. Ici, on simule une étude randomisée, mais c’est comme simuler un organisme : ça n’est pas tout à fait pareil.
Honnêtement, je pense que lire le papier ne sert absolument à rien, donc je vous propose plutôt de vous rappeler les résultats de l’étude randomisée MoodFOOD sur l’effet de la supplémentation en micronutriments et de l’activation comportementale chez les patients obèses avec des symptômes dépressifs – donc pas cliniquement dépressifs : juste en dessous d’un épisode dépressif majeur.
Les sujets sont différents, mais au moins on a de la vraie science.
Vous avez bien lu le graphique : il n’y avait aucune différence entre le groupe d’intervention et le groupe contrôle.
Après on peut continuer de faire des target trial emulation. Je pense que ça n’est pas de la médecine. Ça n’aide ni les patients ni les cliniciens, mais ça permet de publier tranquilou.
Si vous parlez de l’étude MoodFOOD, on va sûrement vous opposer l’étude randomisée SMILES qui était positive sur le même thème, mais elle est beaucoup moins solide.
La FDA a donné son feu vert à l’enliticide pour les adultes atteints d’une hypercholestérolémie. Je vous la fais courte, parce que vous allez sûrement me demander ce que ça vient faire ici. C’est un blog de psychiatrie, après tout.
D’abord parce que les psychiatres prescripteurs sont des experts pour massacrer le bilan lipidique des patients. Se tenir au courant de ce qui peut l’améliorer est la moindre des choses.
Mais aussi parce que l’essai principal a montré une efficacité comme on en voit rarement en psychiatrie. L’enliticide démolit le cholestérol LDL (LDL-C).
Vous allez me répondre que c’est très bien, mais on n’est pas là pour baisser le LDL-C, on veut vivre plus longtemps et avoir moins d’événements cardiovasculaires – AVC, infarctus, etc.
Est-ce qu’on a des données sur ça avec l’enlicitide ? Non. On n’a que le proxy pour le moment, mais ce médicament faite suite à des molécules qui étaient données en injectables. Le papier le plus important est celui-ci, avec l’evolocumab.
Notez que l’évolocumab était un anticorps monoclonal, alors que l’enlicitide est un peptide. Les deux molécules inhibent PCSK9 en empêchant son interaction avec le récepteur des LDL.
Est-ce que les événements cardiovasculaires sont diminués de façon aussi radicale que le LDL-C ? Voyez plutôt :
La différence est beaucoup moins claire. Pour ceux qui sont intéressés par les valeurs absolues et pas les hazard ratios, on est à 9,8% d’événements cardiovasculaire dans le groupe évolocumab, contre 11,3% dans le groupe placebo. Il a fallu enrôler 27 500 patients pour montrer cette différence de 1,5 point de pourcentage. Autant vous dire qu’en population réelle, on n’aura pas des résultats fabuleux.
Un bon exemple de déconnexion entre un proxy (les valeurs biologiques) et un événement clinique (infarctus, AVC et autres). L’évolocumab est beaucoup plus efficace sur le proxy. Et si on regarde la mortalité cardiovasculaire (et pas les événements) il n’y avait pas de différence.
Source : FDA Approves Enlicitide, First Oral PCSK9 for High Cholesterol
Méta-analyse de la stimulation magnétique transcranienne (rTMS) dans le trouble obsessionnel compulsif, sans neuronavigation, avec une bobine standard. Les résultats ne sont pas encourageants :
L’intervalle de confiance comprend le 0 – ce qui est compatible avec un effet positif comme négatif. Mais même en étant le plus optimiste possible, on n’arriverait qu’à 1,75 point de moins sur la Y-BOCS, l’échelle utilisée pour quantifier le TOC. On considère que le seuil minimal cliniquement significatif pour voir une différence est de 4 à 6 points sur la Y-BOCS. Autrement dit, on en est loin.
Les auteurs font l’effort de stratifier les résultats en fonction du mode de stimulation et de la durée du traitement, mais ça ne change pas grand-chose. Attention à l’effet méta-analyse : trouver des résultats négatifs en mélangeant des études qui n’ont pas grand-chose à voir ne veut pas dire que le traitement ne marche jamais, mais pour le moment on est loin du miracle. C’est aussi ce que je constate en pratique. Peut-être qu’on aura plus de chance en stimulant d’autres régions ? La bobine H7 atteint des zones plus profondes, mais nous n’y avons pas accès en France, sauf erreur de ma part.

Est-ce que le risque de trouble neuropsychiatrique augmente après une hospitalisation pour une infection ? Probablement que oui. J’utilise le terme probablement parce que ce papier utilise une méthodologie qui ne me plaît pas du tout : le propensity score matching. Les auteurs prennent les dossiers médicaux, récupèrent les données, et font une pirouette statistique pour essayer de corriger les problèmes que seule une étude randomisée peut corriger.
Ce qu’il nous faudrait, c’est suivre des patients sains très jeunes de façon prospective, puis regarder ceux qui développent des troubles psychiatriques après une infection nécessitant une hospitalisation à ceux qui n’en développent pas. Ça corrigerait un biais évident dans ce papier : les patients qui ont des troubles psychiatriques sont plus à risque d’avoir des infections. Mais ça nous coûterait aussi des milliards, donc on devra se contenter de ça pour le moment.
Le graphique est original :
Quand les ronds sont remplis, c’est que la différence est statistiquement significative. Quand ils sont vides, ça ne l’est pas. Par exemple, après une infection cardiaque, on a plus de risque d’avoir une encéphalite (encadré en violet).
Plus le risque relatif par rapport à d’autres causes d’hospitalisations est important, plus le rond est placé vers la droite – c’est ce qu’on entend par risk ratio. Pour les infections cardiaques, on a 8 fois plus de risque d’avoir une encéphalite qu’avec les autres causes d’hospitalisation.
Plus l’incidence est élevée, plus le rond tend vers le rouge. Plus elle est basse, plus le rond est vert. C’est le cas pour les encéphalites dans cette étude : le risque d’en développer est bien plus fréquent avec toutes les infections, mais ça reste un événement rare.
Vous avez la nuance ? C’est le cas classique des valeurs absolues contre relatives. Par exemple, les troubles cognitifs ne sont “que” 2,8 fois plus fréquents (risk ratio de 2,8), mais vu que 6,71% des patients hospitalisés pour une autre raison sont concernés, on arrive à 19,08% d’incidence : c’est pour ça que le rond est bien rouge.
Dans ce cas, le risk difference est de 12,37 points de pourcentage, ce qui donne la taille du rond. Enfin, on parle d’incidence (et non de prévalence) parce que les risques concernent une période de 2 ans après l’infection.
La méthode est nouvelle, mais cette association est connue depuis longtemps. Un point en moins pour avoir utilisé la base de données TriNetX, qui est un véritable cloaque dont on voit sortir de plus en plus de papiers. J’en ai déjà parlé ici, sur la mélatonine et l’insuffisance cardiaque.
Source : Mapping 2-Year Psychiatric and Neurologic Risks After Infections Across Body Systems and Age Groups
On est allé voir le film L’Odyssée avec Clara. Voici mon avis :
Franchement, on a bien kiffé. J’avais vu passer des commentaires sur le côté trop “woke” du film. J’ai pas trop compris. Il y a Hélène qui se trouve être black, mais on est au milieu du bassin méditerranéen, donc j’ai du mal à m’insurger. Il y a aussi Elliot Page, anciennement Ellen Page. Je ne vois pas le problème, si on n’est pas au courant avant de voir le film on ne voit rien.
C’est souvent le cas avec les transitions femme vers homme où les patients prennent des hormones – sur le court terme, c’est plus facile dans ce sens que dans l’autre. Je vous cite un papier, mais c’est un sujet complexe. Souvenez-vous juste que la testostérone masculinise la voix et développe la pilosité faciale, alors que les œstrogènes ne permettent pas de revenir en arrière après une puberté androgénique. Je rappelle enfin que la majorité des patients transgenres (71% ici, mais le chiffre varie) n’ont pas fait de chirurgie – et que la phalloplastie est plus délicate que la vaginoplastie.
Retour au film : il y en a qui s’excitent vraiment pour rien.
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