Les textbooks
J’ai commencé mon internat en lisant des textbooks de psychiatrie. Ces manuels sont excellents pour commencer - et peuvent vous accompagner sur les deux premières années d’internat. Au-delà, le niveau est tellement bas qu’il est nécessaire de passer à autre chose.
Exemple avec le textbook sur l’autisme de la société américaine de psychiatrie :
Le livre est tout simplement illisible, et pour vous donner un exemple, j’ai fait ce que je préfère faire, un litmus test.
Je suis d’abord tombé sur une page avec les études d’imagerie. Les auteurs citent frénétiquement des études avec moins de dix patients, et des résultats p-hackés de tous les côtés.
Pour essayer de limiter la casse, j’ai pris une page de pharmacologie au hasard :
Les EPS (extrapyramidal symptoms) sont fréquents avec les antipsychotiques conventionnels (ex. halopéridol).
L’étude du Research Units on Pediatric Psychopharmacology Autism Network (RUPP) sur la rispéridone chez des enfants/adolescents avec TSA (~101 sujets) retrouve :
pas d’augmentation claire de dyskinésie tardive à court terme.
EPS globalement faibles dans l’essai, à l’exception de l’hypersalivation1.
Je suis, comme vous, très étonné. Pas d’effets secondaires extrapyramidaux chez des enfants autistes ? C’est à peine croyable, quand on regarde ce que ça donne en population pédiatrique pour la schizophrénie :
et dans la manie, entre 1 et 6 mg par jour :
Notez les 20% de parkinsonisme, 11% de dystonie, et 9% d’akathisie. La risperidone ne fait jamais semblant sur la voie motrice.
Je suis donc allé voir l’étude en question, publiée dans le journal médical le plus préstigieux - le New England Journal of Medecine -, une étude randomisée risperidone versus placebo.
Risperidone in Children with Autism and Serious Behavioral Problems
Je regarde le tableau des effets secondaires :
Et là, je m’étouffe littéralement avec mon verre d’eau.
Les auteurs ont utilisé des p-values pour regarder si les effets secondaires sont statistiquement significatifs ou non. Mais vu que nous n’avons pas fait les groupes dans cet objectif, le risque de faux négatif est majeur. Un essai avec une puissance pour montrer l’efficacité ne l’est pas assez pour montrer la tolérance.C’est, tout simplement, une mauvaise utilisation de l’outil2.
Il ne reste plus qu’à regarder numériquement ce qui se passe pour les patients :
tremblements 14% sous risperidone vs 2% sous placebo
rigidité 10% vs 2%
dyskinésie 12% vs 6%
L’étude n’a duré que 8 semaines. Je ne vois pas comment les auteurs du textbook peuvent conclure à l’absence de dyskinésie tardive. Le DMS requiert une exposition de 3 mois. Ceux qui se contentent de lire le papier se souviendront qu’il n’y a pas de dyskinésie tardive et que les EPS sont rares. Complètement lunaire3.
Poubelle ! Le textbook et l’étude.
Mon livre est disponible sur Amazon, la Fnac et en librairie. Il est premier dans la catégorie psychiatrie sur les deux sites1. Nous sommes à plus de 3 000 exemplaires vendus, le second tirage est lancé.
L’hypersalivation n’est pas souvent considérée comme un EPS, mais peut faire partie des effets secondaires moteurs des antipsychotiques.
Les auteurs ont mis un seuil à .10, donc le tremblement est en réalité “statistiquement” significatif.
Il y a un aussi un truc étrange dans l’étude, les évaluateurs ont fait passé des AIMS (Abnormal Involuntary Movement Scale) et des Simpson-Angus, mais ils n’ont rien vu, alors que l’entourage des enfants a noté plus d’effets secondaires moteurs. Si ça n’est pas un bon exemple de la limite de ces échelles dans les études, je ne sais pas ce qu’il vous faut. J’en reparlerai.





