L'abandon de la psychiatrie
La psychiatrie est une discipline qui est abandonnée par les pouvoirs publics, mais aussi par ses médecins.
Imaginez la scène :
Une femme se présente dans une vidéo en étant atteinte d’un cancer du poumon. Elle ne dit pas comment elle a reçu ce diagnostic, sinon que des “signes” ont été vus dans son marc de café – alors que le diagnostic ne se fait pas de cette façon.
Elle enchaîne ensuite sur des choses qui sont fondamentalement fausses. Ça n’est pas idiot : elle ne raconte pas des éléments qui sont de prime abord ridicules. Par exemple, elle ne dit pas que le cancer du poumon se soigne avec des artichauts, mais elle insiste sur l’importance du doliprane pour lutter contre la “tempête cytokinique” du cancer.
L’ensemble est rempli de faussetés à tel point qu’il en devient inutile. Il n’y a rien d’intéressant là-dedans, que ce soit pour les patients atteints d’un cancer du poumon ou leurs proches.
Que ferait un cancérologue qui tombe sur ça ? Si la vidéo a suffisamment de vues, peut-être qu’il partagera à ses confrères. Peut-être que certains d’entre eux répondront à la vidéo, plus ou moins gentiment – et, qui sait, peut-être qu’ils demanderont à ce que la vidéo soit supprimée.
Que font les psychiatres devant cette vidéo ? Probablement rien.
On y apprend que Lilimay est atteinte du trouble de la personnalité antisociale.
Que c’est aussi appelé la "sociopathie” – ça n’est pas le cas.
Que le trouble consiste en “une difficulté à ressentir et à comprendre ses émotions” – ça n’est pas dans les critères du trouble.
Qu’elle a toujours eu des traits antisociaux (et non pas un trouble). On apprendra ailleurs que Lilimay avait des envies de vomir quand on lui demandait de dire “je t’aime”. Mais qu’à 19 ans, la psychiatre lui a dit qu’elle avait “des traits antipathiques”, qu’elle lui a fait des “tests”, et “qu’il s’est avéré que oui”.
On ne sait pas de quel test il est question, attendu qu’aucun test n’est nécessaire (ni recommandé) pour faire le diagnostic de trouble psychopathique en population clinique. On ne sait pas si les traits ont été confirmés, ou le trouble en soit.
On se rend compte avec étonnement que Lilimay mélange antipathique, psychopathique, sociopathique, et antisocial.
On apprend qu’elle a “appris à être humaine en grandissant”. Vous me voyez venir à des kilomètres : elle parle bien sûr de masking. Le concept prend de l’ampleur.
Elle explique qu’elle n’a pas la notion d’amour, et donnera l’exemple avec sa copine. Si elles devaient se séparer, demain, sa copine va “mourir dans sa tête”.
Qu’elle manipule les gens autour d’elle : elle comprend ce que les gens attendent d’elle, et elle “devient ce que les personnes veulent voir en elle” pour avoir ce qu’elle veut. La manipulation n’est pas forcément consciente, et ce n’est pas quelque chose qu’elle fait pour “faire du mal, contrairement aux idées reçues”.
Elle continue, en disant qu’on a l’image du sociopathe qui “prend plaisir à blesser et à faire souffrir, mais ça n’est pas le cas”. Ce n’est pas de la “malveillance”.
A priori, quand on a un trouble de personnalité psychopathique, on “recherche les extrêmes”. Elle détaille : comme les patients ressentent “du vide”, ils vont “constamment pousser les limites”. Ses exemples : hypersexualité, alcoolisations, et mutilations (qui sont faites de sang-froid j’imagine, car il n’y a pas d’émotion, souvenez-vous).
J'ai vraiment du mal avec la fin :
“S’il y a des personnes qui se reconnaissent dans ce que je dis, n’hésitez pas à venir consulter, parce que d’avoir un diagnostic, ça fait retomber une pression. Tant qu’on ne sait pas ce que c’est, il y a une difficulté à se placer”.
J’ai du mal à entendre ce genre de discours. C’est problématique pour les patients atteints de troubles qui se retrouvent complètement dilués dans des présentations aspécifiques, où l’on mélange les termes, les concepts et les symptômes.
Pour les chercheurs qui se cassent le derrière à publier des articles dont l’impact est balayé par la première “personne concernée” du coin.
Pour les praticiens, qui sont présentés comme des “valideurs de tests” à peine capables de cocher des cases.
Pour la discipline dans son ensemble, qui voit des prises de paroles remplies d’âneries quotidiennement, sous couvert de "la subjectivité des patients”, et de l’importance de “l’expérience vécue”.
Mais surtout, c’est un danger pour la liberté d’expression. Car tous ceux qui prennent le risque de critiquer ce genre de prises de position passent pour des bourreaux sans cœur discriminatoires envers une minorité oppressée. Et les médecins sont peut-être les plus concernés.
Quant à moi, ma position est très simple.
Si d’avoir un cancer du poumon ne rend pas les patients experts en chimiothérapie,
alors avoir un “trouble de la personnalité antisocial” n'est pas une expertise suffisante pour qu’ils prennent la parole sur les réseaux a propos de la maladie.
Ceux qui le font doivent être jugés comme n’importe qui. Le “trouble” n’est pas un bouclier, et il ne peut pas excuser qu’on dise n’importe quoi. La liberté d’expression s’accompagne d’un certain nombre de devoirs, qui – quand on parle de psychiatrie – sont rarement remplis.
Si l’on peut reprocher aux médecins de s’être trop longtemps affranchis de l’expérience des patients, on est en droit de s’attendre à ce que les patients ne s’affranchissent pas de l’expertise des médecins quand il parlent de maladie mentale.
Ceux que ça intéresse trouveront plus d’informations sur le podcast “LoveZone” :
Je vous recommande d’écouter.
Que ce soit sur le trouble borderline ou antisocial, c’est intensément faux.
Je vais encore devoir tout débunk.
Mon livre est disponible sur Amazon, la Fnac et en librairie.

Ne te fais pas mal : ne regarde pas ces âneries… tiens une anecdote: je croise aujourd’hui dans l’ascenseur une chirurgienne qui me parle d’un cas avec émotion (en fait pour une fois elle avait pris plus de 5 min à parler avec un humain) et me l’explique parce qu’elle a « un côté psychiatre ».
Est-ce qu’il m’arriverait de parler d’une situation parce que j’ai un « côté chirurgien »? Le problème de notre discipline, c’est qu’on l’a tellement dévoyée à coups de laxisme, qu’elle en est devenue une « spécialité » que tout le monde pense avoir … médecins ou grand public …
Le *masking* c'est génial, ça colle avec tout.
Zut, "Génération identitaire" c'est déjà pris par un autre groupe.