Le suicide dans les médias
Internet explose
Aujourd’hui était une journée particulière pour moi.
J’ai mis sur les réseaux sociaux l’image d’un article du Point, sur le suicide James Ransone. L’image avait été relayée par le journal sur Facebook telle quelle :
Est-ce que vous voyez ce qui ne va pas ?
Les médias ont un rôle à jouer sur la façon dont ils présentent le suicide, et - je pense - certaines obligations.
Une des problématiques récurrentes est de présenter une “cause” du suicide. Le public est renforcé dans cette idée “mono-causale” du passage à l’acte. C’est simple, ça marque, mais c’est faux.
L’information sur l’abus sexuel n’a rien à faire ici.
J’ai répondu, et relayé l’image telle quelle, sans le titre du Point, en rajoutant ce commentaire :
Une bonne occasion de rappeler que le viol n’est une condition ni nécessaire ni suffisante pour expliquer le suicide.
C’est comme le cancer du poumon, ça n’est ni nécessaire (plein de gens ont un cancer du poumon sans tabac), ni suffisant (plein de gens qui fument n’ont pas de cancer du poumon).
Évidemment, je me suis fait insulter de partout.
Je dis évidemment, mais c’est le commentaire de ma femme - je n’avais pas vu le truc venir. J’imagine que c’est mérité.
Pourquoi il est essentiel que la population au sens large se dégage de ces explications mono-causales ?
D’abord, parce que c’est faux.
J’en avais déjà parlé avec le traumatisme, mais c’est pareil pour les violences sexuelles.
Une femme sur 8 déclare avoir été agressée sexuellement avant l’âge de 18 ans, et 1 homme sur 11.
Ça fait 12,5 % des femmes et 9 % des hommes.
Ça fait beaucoup de monde. Heureusement, toutes ces personnes ne décèdent pas par suicide. Ce serait une véritable hécatombe. En 2021, 727 000 personnes sont décédées par suicide, soit 0,009 % de la population. On peut aussi le voir autrement : 1/87 de risque de décéder de suicide. On est très loin du compte.
L’agression sexuelle n’est donc pas une condition suffisante, à l’échelle de la population, pour expliquer un suicide.
Est-ce que c’est une condition nécessaire ?
Non plus.
On peut le voir dans ce type de papier, où les auteurs ne retrouvent “que” 16 % d de déclarations d’antécédents de violence sexuelle chez les femmes décédées par suicide.
La majorité des patients qui décèdent de suicide n’ont pas été agressés sexuellement. Je passe sur l’histoire de l’amnésie traumatique, je ne suis pas un grand fan des théories infalsifiables.
On peut aussi invoquer ce genre de papiers, qui ne retrouvent un odds ratio “que” de 3,5 dans la catégorie abuse/victimization. Pour comparaison, le trouble bipolaire est à 4,6, le fait d’être sans emploi à 3,8.
Je vais être très clair. Le viol est un facteur de risque indiscutable. Mais il est encore une fois, ni nécessaire, ni suffisant. Ça marche aussi pour le trouble bipolaire: la majorité écrasante des patients bipolaires - environ 90% - ne meurent pas par suicide.
Il est donc dangereux de faire ce genre d’associations.
J’ai en réalité du mal à imaginer un discours plus dangereux que celui-ci. C’est une bombe à retardement pour les victimes. Si le viol explique à lui seul le suicide, certains sont condamnés : on reste une victime toute sa vie.
Il y a autre chose à éviter - des propos que j’ai souvent lus, entre deux injures.
On ne parle jamais de courage lors d’un suicide.
James Ranson laisse derrière lui une femme et deux enfants.
Ce n’est pas du courage.
Ce n'est pas de la lâcheté.
C’est du désespoir.
Qu’il repose en paix.


J'ai commenté vos posts FB du jour, pour vous défendre mais tout cela m'a néanmoins rappelé que si le fond et la forme sont indissociables, la forme reste la porte d'entrée et il ne suffit pas de l'ignorer pour apprécier le fond.
Si je n'ai jamais eu besoin que vous clarifiez vos propos, c'est parce que je n'ai pas raté une seule de vos publications (hors LinkedIn) depuis mai 2024, en ayant bien sûr rattrapé les mois précédents. Ayant à peu près le même âge, la même façon de parler et le même humour, je capte direct, pas besoin d'un traducteur ni d'une mise au point.
Vous n'avez peut-être pas besoin de mettre les formes pour ce genre de "fidèle", mais vous commencez gentiment à devenir une célébrité et vous allez devoir, bon gré mal gré, devoir adapter la forme si vous ne voulez pas que votre productivité ne se retourne contre vous.
Vos vidéos partent souvent dans tous les sens, ça digresse, c'est spontané, j'aime bien. Mais je n'imagine pas la difficulté pour un nouvel arrivant de saisir immédiatement la chose. Il suffit de lire le tableau d'aujourd'hui (2eme post sur FB) sans avoir vu sur son fil le 1er post et on manque l'intention et le contexte très facilement. Pas de référence au post précédent,
Si la présence sur internet est un espace végétalisé, vous êtes une vraie jungle dans laquelle on ne progresse
J'ai eu de grand débat récemment sur le suicide
Le suicide n'est effectivement ni courageux ni lâche
C'est du désespoir pur
Quand il semble que rien d'autre n'est possible
Quand cela apparaît comme la seule solution
Alors oui certains peuvent penser que c'est égoïste
Mais personne ne se suicide par plaisir
Et le suicide n'est jamais totalement réfléchi
Personne ne se suicide en pensant au mal qu'il va faire à ses proches
C'est juste la fin du trop
Que le trop soit lié à un vécu, un trouble ou que sais-je