Mon traitement
L'histoire derrière l'ordonnance
J’ai posé une question qui illustre bien un principe de pleine conscience. Je parlais d’abord de mon traitement, en disant que j’avais rencontré un patient de 30 ans qui prenait 10 molécules différentes par jour :
Quétiapine 200 mg
Lithium 400 mg
Lévothyroxine 200 µg (T4)
Triiodothyronine 20 µg (T3)
Amiloride 5 mg (à cause de la polyurie du lithium)
Pravastatine 40 mg (dyslipidémie avec la quétiapine)
Metformine 2 000 mg (prise de poids avec la quétiapine)
N-Acetyl-Cystéine ou NACf
Omega 3
Multivitamines
Les questions étaient présentées comme ça, verbatim :
Le patient dit qu’il va bien.
Est-ce que vous voyez un problème avec l’ordonnance ?
Que pensez-vous de cette ordonnance ?
La majorité écrasante des commentaires ont porté sur le nombre de médicaments, beaucoup trop important. Que le patient aille bien ou non est vite secondaire, certains préfèrent encore un patient qui va mal à un patient surmédicamenté.
Je me demande si on dirait la même chose en cancérologie. “Il va bien, il a survécu, mais il prend 3 chimiothérapies en même temps, c’est beaucoup trop.”
Ce qu’il manquait aux gens, c’était le contexte. Derrière une ordonnance, il y a une histoire.
J’ai commencé par la quétiapine, après avoir essayé une palanquée de psychotropes qui n’avaient fait que me donner des effets secondaires.
La quétiapine m’a amélioré, mais j’étais trop sédaté. C’est là que j’ai pris les hormones thyroïdiennes.
La T4 seule ne suffisait pas à 200 mcg, mais j’avais de l’akathisie en augmentant les doses. C’est pour ça que j’ai mis de la T3.
Les hormones thyroïdiennes n’étaient donc pas là à cause du lithium, mais à visée “antidépressive”.La quétiapine m’a fait prendre 20 kilos, que j’ai pu perdre avec la metformine.
A ce stade, tous les traitements étaient non seulement efficaces mais nécessaires. Encore une fois, quand on choisit de gober tout ça, c’est rarement par plaisir. J’étais quasiment à distance de toute problématique d’humeur.
J’essaie de prendre du lithium à faible dose après avoir lu des papiers sur ses propriétés “neuroprotectrices” – qui ne veulent en réalité pas dire grand-chose.
Mais au-delà de son impact sur le plan cognitif, j’ai surtout passé le meilleur hiver de ma vie, sans aucun élément dépressif – et l’été qui a suivi était sans aucun élément hypomane.Le lithium marche, mais me fait uriner 5 à 6 fois par nuit même à faible dose, je prends de l’amiloride pour contrer ça.
Le régime cétogène (ou en tout cas, riche en lipides) et la quétiapine me font prendre de la pravastatine, plus à but préventif qu’autre-chose. C’est le traitement dont je suis le moins convaincu de la nécessité, j’ai fait une série de post sur le sujets ici.
Les Omega-3 et les multivitamines sont là parce que j’ai la nausée chaque fois que je passe à côté d’un légume vert ou d’un aliment avec une texture fibreuse. Ça ne remplace pas une diète correcte, mais ça limite peut-être un peu la casse.
La NAC a toujours un peu traîné. Je suis nickel avec, j’ai du mal à me dire que je peux l’arrêter. Sur le plan scientifique, il est très difficile de défendre la prescription. Les études sur les problématiques thymiques sont largement négatives, et celle qu’on cite pour la protection du rein contre le lithium est sur des rats. Si je suis tout à fait rationnel, il faudrait l’arrêter. Mais je vais tellement bien que j’appréhende.
La réponse aux deux questions était donc : je n’ai pas assez d’information pour donner un avis convenable sur le sujet – au delà d’une critique sur le nombre de molécules.
Une critique qui est toujours intéressante, mais qui suffit rarement.
Mon livre est disponible sur Amazon, la Fnac et en librairie. Les deux liens sont affiliés.

Pour leur défense, ta question était très orientée
C’est intéressant comme discussion, comme vous le dites si vous aviez une maladie physique personne ne jugerait le nombre de médicaments qui vous tiennent en vie. Je ne crois pas que le but ultime est de réduire les médicaments à tout prix, on ne change pas un cocktail que l’on a mis des années à trouver et qui vous a permis de rester à l’écart de l’hôpital depuis 10 ans et plus.
Votre liste de médicaments est tout à fait standard. Objectivement la mesure clinique est la non récidive des épisodes maniaques et l’absence des mois de dépression qui transforment les patients en zombies. On peut aussi considérer la non hospitalisation comme preuve de l’efficacité du traitement. Ça n’a rien à voir avec une addiction comme l’alcoolisme.
Donc oui quand un patient est stabilisé depuis plusieurs années et qu’il va mieux il ne faut pas toucher à son traitement sauf effets secondaires qui deviennent impossibles à gérer. Pour le lithium c’est souvent une hypothyroïdie mais qui peut être compensée par de la levothyroxine. Il faut aussi faire attention à l’hydratation avec suffisamment de sel pour éviter une augmentation de la lithemie à un seuil toxique. Attention à la canicule.
La bouche sèches et la constipation sont aussi des problèmes chroniques mais on peut utiliser un gel à base de xylitol pour la bouche et des émollients pour la constipation. Contrairement à ce que l’on peut penser augmenter les fibres solubles et insolubles rendent le problème plus grave car le peu de liquide est capté par ces fibres et peut provoquer des difficultés allant jusqu’à des fecalomes. Quietapine au long terme peut créer des dyskinésies tardives irréversibles parfois même provoquées à l’arrêt du traitement, la encore benefices-risques à discuter avec le psychiatre. Pour ce la prise de poids et l’alimentation, c’est pas évident pour tous le monde d’être en cétogènese. Certains antidépresseurs se combinent avec les antipsychotiques pour augmenter le poids. Le Bupropion est un antidépresseur dit stimulant qui peut éviter la prise de poids,malheureusement pas disponible en France mais en Belgique. il est possible d’adapter son apport calorique et son l’activité physique pour limiter les dégâts.