Un virage bipolaire sans euphorie ?
Cas clinique rencontré au cabinet :
Un patient traité pour une dépression par escitalopram (Seroplex) commence à changer.
Il parle plus vite. Il dort un peu moins. Il devient plus irritable et plus à l’aise socialement. Puis apparaissent des interprétations paranoïdes et des phénomènes auditifs discrets.
Pourtant, il n’est pas euphorique, et sur une échelle classique de manie, il serait probablement très bas.
Est-ce que c’est une activation sous antidépresseur, un début de virage thymique, l’apparition spontanée d’un trouble bipolaire – ou carrément autre chose ?
Les études ne sont pas claires, donc il ne nous reste que la clinique.
Trouble bipolaire et prévalence : pourquoi les chiffres varient
La prévalence du trouble bipolaire dépend beaucoup de la définition utilisée et de la façon dont le diagnostic est recherché. Un entretien standardisé peut passer à côté de patients dont les symptômes sont discrets, atypiques ou mal identifiés par le patient lui-même. Avant de discuter d’un chiffre de prévalence, il faut regarder comment le trouble bipolaire a été défini et qui a réalisé l’évaluation. Le trouble bipolaire de type 1 est plus rare et mieux défini que le trouble de type 2.
Antidépresseurs et virage maniaque : repérer les signes précoces
Le cas présenté dans cette vidéo montre une situation plus ambiguë qu’une manie franche : accélération légère, diminution du sommeil, irritabilité, changement du fonctionnement social et apparition progressive d’éléments perceptifs et paranoïdes sous escitalopram (Seroplex). Ce type de tableau pose la question d’un virage thymique débutant et de l’intérêt d’intervenir avant que les symptômes deviennent suffisants pour remplir les critères classiques d’une phase haute.
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Pour en savoir plus
Littérature scientifique – antidépresseurs et risque de virage maniaque
Switch to mania after acute antidepressant treatment for bipolar depression: a systematic review and network meta-analysis of randomised controlled trials – Virage vers la manie après un traitement antidépresseur aigu de la dépression bipolaire : revue systématique et méta-analyse en réseau d’essais randomisés. Méta-analyse de 13 essais randomisés : aucun antidépresseur n’était associé à un risque de virage supérieur au placebo à court terme, mais la venlafaxine présentait le signal le plus élevé et le niveau de confiance global est faible.
Antidepressant-Associated Risk of Manic and Mixed Episode Hospitalization in Bipolar I Disorder: A 10-Year Population-Based Cohort Study – Risque d’hospitalisation pour épisode maniaque ou mixte associé aux antidépresseurs dans le trouble bipolaire I : étude de cohorte utilisant dix années de données populationnelles. Dans une cohorte rétrospective de 7 946 patients suivis pendant douze mois, les antidépresseurs étaient associés à une augmentation du risque, surtout en monothérapie ; l’association à un stabilisateur de l’humeur n’était pas liée à une augmentation significative.
The International Society for Bipolar Disorders Task Force Report on Antidepressant Use in Bipolar Disorders – Rapport du groupe de travail de l’ISBD sur l’utilisation des antidépresseurs dans les troubles bipolaires. Consensus basé sur une littérature limitée : certains patients peuvent bénéficier des antidépresseurs, mais la monothérapie est déconseillée dans le trouble bipolaire I, où ils doivent être associés à un “régulateur d’humeur”.








